Français et sciences
Cours de sciences en francais
QUERELLE AU-DESSUS D'UN NID DE MICROBES
Génération spontanée ou pas ? Mystère… Non, ici il n'y a pas de mystère, seulement des expériences mal conduites. En partant de celle réalisée par Pasteur, on peut découvrir les approximations de ses prédécesseurs.
- Les expériences de John Needham.
Le prêtre naturaliste écossais, partisan et ami de Buffon¹, croit prouver par une série d'expériences la réalité de la génération spontanée. Mais a-t-il vraiment pris toutes les précautions ?
Je pris du jus de viande très chaud ; je le mis dans une fiole que je fermai avec un bouchon de liège…mastiqué avec tant de précautions que c'était comme si on eut scellé la fiole hermétiquement. Je ne négligeai aucune précaution : je mis, après qu'elle fut bouchée, le corps de la fiole dans des cendres très chaudes pendant plusieurs minutes, le temps qu'il faut pour faire cuire un œuf de poule. […] Quatre jours plus tard, ma fiole fut toute remplie d'animaux microscopiques vivants de toutes les dimensions, depuis les grands jusqu'aux plus petits que j'aie jamais vus…Je ne vous fatiguerai pas d'un détail d'observation sur 80 expériences semblables faites avec des infusions de substances animales ou végétales. Toutes m'ont donné les mêmes résultats…
Compte rendu d'expériences, 1745
- Spallanzani contre-attaque.
L'italien Lazzaro Spallanzani, un autre prêtre naturaliste, est plus sceptique. Il refait les expériences de Needham, mais en y apportant des modifications capitales. Lesquelles ?
Je scellai hermétiquement les orifices de 19 vases contenant des infusions faites avec différents graines. Je les plongeai dans l'eau d'un vase plus grande et je les y fis bouillir l'espace d'une heure. Je laissai les vases se refroidir. Le quatrième jour, je brisai les cols des vases…Je ne trouvai pas la plus petite apparence de microbe, quoique j'eusse observé avec le microscope les infusions de 19 vases différents.
Compte rendu d'expériences, 1765
- Pasteur règle la question.
Cent ans plus tard, le biologiste français fait la preuve que la génération spontanée est une illusion. Mais avec quelle rigueur dans la démarche expérimentale !
Je place dans un ballon à long col une infusion très favorable au développement des microbes. Je fais bouillir le liquide pendant plusieurs minutes et ensuite, je le laisse refroidir. L'air rentre dans le ballon : les poussières en suspension dans l'air peuvent arriver au contact du liquide. Au bout de quelques jours, le liquide est trouble, dont, plein de microbes.
Je place dans un ballon semblable la même infusion, puis j'étire le col du ballon de manière à lui donner diverses courbures. Je porte ensuite le liquide à ébullition pendant plusieurs minutes jusqu'à ce que la vapeur d'eau sorte abondamment par l'extrémité du col effilé, sans autre précaution. Je laisse alors refroidir le ballon. L'air rentre assez lentement puor qu'il abandonne dans les courbures du col toutes les poussières.
Le liquide reste parfaitement limpide, non pas deux jours, non pas trois, quatre, non pas un mois, une année, mais trois et quatre années, car l'expérience dont je vous parle a cette durée².[…]
J'agite vivement le vase deux à trois fois de facon que l'infusion passe dans le col en forme de bec de cygne ; je le fais rentrer ensuite dans le ballon. Quelques jours plus tard, l'infusion est trouble, pleine de microbes.
Compte rendu d'expérience, 1860-1861
- Georges Louis Leclerc, comte de Buffon (1707-1788), naturaliste et écrivain français, grand défenseur de la génération spontanée.
- On peut voir au musée de l'Institut Pasteur des bouillons ainsi préparés, demeurés intacts depuis 1860.